Coins de réel

Création

Festival Les Incandescences - Regard du Cygne, Paris

29-30.03.2018

Nos vies sont comme des tout petits morceaux d'une matière que l'on nomme « le réel ».

Nos vies sont des coins.

Elles aiment se balader dans ce tout gigantesque, dans cette masse monstrueuse et incompréhensible.

Ces petits bouts d'existence sont essentiellement constitués de manques et de vide.

Ils sont des petits morceaux d'infini qui se regardent droit dans les yeux pour trouver un peu d'amour.

 

Hier, à partir d'une liste de treize questions,

un homme et trois femmes cueillent des voix sur la danse. On y parle d'absolu, d'interdit, de lieux et de souvenirs. Aujourd'hui, ils tendent l'oreille, déplient et étirent les membres des supérieurs et inférieurs des doutes. Ils hésitent avec joie puis se coupent délicieusement la parole. Ils fêtent à l'unisson les concepts et les émotions. Ils cherchent encore puis, avec urgence et maladresse, pris dans un enthousiasme sans limites, ils se cognent dans les points de vue.

L'envie les prend parfois de prendre leur temps.

Le temps de quitter le plancher. Le temps de faire scène vide et d'écrire le dedans. De vider leur danse, pour un instant, pour mieux voir. D'observer pour mieux entendre. « La voix enregistrée met au même niveau les morts et les vivants *». Elle ouvre des espaces de liberté où l'on danse avec virtuosité les rythmes d'une pensée. On y contemple des déchets de langage comme des paysages familiers et sans limites. On écoute, on donne, on rêve, des réponses et on met en mouvement des questions.

Mais tout le monde le sait. Ceci est un pré-texte. Il se place devant, en avant de ce qui est vraiment, il n'est qu'une forme donnée à l'informe important. Un prétexte qui naïvement voudrait se rapprocher un peu plus de la vérité ou d'une belle utopie, cela lui va aussi. L'utopie qu'un jour, sur scène, nos corps arriveront à entendre et à recevoir absolument tous les mouvements du monde et à les déployer à l'infini.

* Ryoko Sekiguchi, La Voix Sombre

Avec Sébastien Amblard, Sabine Rivière et Joana Schweizer

Chorégraphie : Louise Hakim et les interprètes

Son et musique: Olivier Lautem

Création Lumière: Philippe Catalano

durée:  45min

photo: Philippe Beheydt

Soutiens et partenaires :

Les journées Danse Dense (chorégraphe soutenue par le pôle d'émergence chorégraphique) , CND (prêt studio), SACD Fonds Musique de scène, le 104 (résidence d'essai), le Point Ephémère (artiste en résidence en 2015-2016), le Conservatoire Municipal des Lilas (prêt de studio), Le Studio Le Regard du Cygne, La Générale d'Imaginaire, Le Cube Studio Théâtre, Le Château de Monthelon.

"La réponse, tu l'as. La réponse, chacun la sait. La réponse c'est de maintenir tout le temps de sa vie l'inquiétude de la question, la réponse c'est de ne pas répondre et demeurer éternellement à l'intérieur de la question, dansante, riante..." 

 

Christian Bobin, La plus que vive

© 2020 les yeux de l'inconnu